La passion napolitaine

| Le téléphone sonne. « Est-ce que je peux te rappeler dans 5 minutes, je suis à vélo ? ». Nous sortons peu à peu d’un an de confinement. Jean Mallard vient d’arriver chez un ami dans le sud de Paris juste avant le couvre-feu. Il termine l’école des Arts Décoratifs dans un mois.

Étudiant pour encore quelques jours, Jean n’a pas attendu bien longtemps avant de se lancer à corps perdu dans l’illustration. En 2018, dans le cadre des Arts Décoratifs, il propose une série de dessins au jury de la Foire d’illustration de Bologne. Son travail est remarqué et il est récompensé par le Grand prix Award. Il s’y rend avec deux amis. « C’était un bon moment pour rencontrer des éditeurs et voir ce qui se fait dans le monde. C’est comme cela que j’ai découvert le milieu de l’illustration et des éditeurs italiens » raconte-t-il. En 2019, alors qu’il vient de quitter la section cinéma d’animation pour l’image imprimée, une formidable opportunité s’offre à lui. On lui propose une bourse pour illustrer un livre pendant un an en Italie.

« Ils m’ont dit, tu fais quoi en ce moment ? – Je suis à Naples et ça m’inspire trop. Ils m’ont répondu: dans un an, tu fais une expo sur Naples à Paris»

Jean Mallard et la Slow Galerie en 2019

À ce moment-là, il est en contact avec la Slow Galerie, un magasin d’art atypique dédié à l’illustration et les arts graphiques, installé dans une ancienne pharmacie du 11ème arrondissement de Paris. « Ils m’ont dit, tu fais quoi en ce moment ? – Je suis à Naples et ça m’inspire trop. Ils m’ont répondu : dans un an, tu fais une expo sur Naples à Paris ». Durant une année, Jean Mallard travaille sur ce projet, baigné dans l’atmosphère napolitaine où il est comme un poisson dans l’eau. Le climat méditerranéen et ses habitants qui parlent et s’inventent des vies sont une source d’inspiration inépuisable pour lui.

  • jean-mallard-dessinateur

À l’origine, Jean Mallard est un passionné de bande dessinée. Mais c’est finalement vers le livre illustré qu’il s’est tourné « Cela a vraiment évolué au cours des études. J’ai été plus attentif aux personnes qui s’intéressent au dessin aujourd’hui et à celles qui aiment mes dessins. Cela m’a conduit au livre illustré » confie-t-il. Jean travaille actuellement en tant qu’illustrateur pour des auteurs, revues, éditions, institutions, comme le Musée Explora à Rome, la ville de Bordeaux, les podcasts Emotions, No Filter ou encore l’artiste Théo Ceccaldi.

« C’est bien de raconter les histoires des autres, mais j’ai envie de raconter mes propres histoires»

Jean Mallard – mai 2021

Si le travail de commande est une étape nécessaire dans le parcours d’un illustrateur, il n’est pas toujours aisé de mettre son art au service d’un commanditaire tout en apportant son regard personnel d’artiste. C’est ce que Jean constate dans son travail « Je remarque que plus j’ai du plaisir dans un dessin, mieux il est perçu aussi. C’est quelque chose qui se ressent. Si les commandes sont très guidées, cela ne marche pas. Ce qui me motive depuis toujours en dessin, c’est le récit. L’idée de raconter des choses en dessin c’est le trip ultime » avoue-t-il. « C’est bien de raconter les histoires des autres, mais j’ai envie de raconter mes propres histoires. C’est ce à quoi je vais me consacrer prochainement, même si c’est très intimidant. Le dessin c’est une chose mais avec le texte on est encore plus à nu. »

Pourtant, sans utiliser de mots ses illustrations racontent déjà des histoires à travers des foules pétillantes de vie, cachées dans des grands formats où l’on découvre chaque jour un nouveau détail. « Au début, je faisais beaucoup de BD et mes personnages parlaient puis je suis allé vers un dessin plus silencieux. Sur la série de Naples par exemple, j’aime l’idée qu’il y ait beaucoup de détails, que l’on donne de la matière aux gens et qu’ils puissent prendre ce qu’ils veulent et qu’ils se racontent leurs propres histoires à leur façon, comme un grand buffet où il y a plein de choses et chacun fait à sa sauce».

Le grand diptyque du quartier du Roi d’Espagne à Naples, dessiné pendant plus d’un mois.

Sur des panoramas très colorées en grand format, Jean Mallard peint la clameur de la ville et la chaleur des fins d’été. On se perd dans des soleils couchants où ciel et mer se confondent sur des estampes qui rappellent le Japon. N’en déplaise à son père architecte pour qui il avait une grande admiration étant petit, la perspective n’a plus d’importance. Pour lui, le but n’est pas que les lieux soient le plus proche du réel mais qu’ils laissent passer l’émotion. Cette conviction est née d’une expérience qu’il a faite au cours de l’exposition Le Monde vue d’Asie – Au fil des Cartes, en 2018, au Musée Guimet. « J’ai pris une telle claque ! Je me suis rendu compte qu’avant c’était des peintres qui faisaient les cartes et pas vraiment des scientifiques. Ils représentaient le monde de façon très artistique et narrative plutôt que par la rationalité. Ils aplatissaient l’image non pas parce qu’ils ne savaient pas dessiner mais pour raconter plus de choses ». Il s’approprie cette approche et la met en œuvre à Naples, en créant le grand diptyque du quartier espagnol sur lequel il passe plus d’un mois. Il y dessine la vie de Naples, la nuit et le jour dans ce quartier étriqué et débordant de rues où le Roi d’Espagne a dû construire rapidement pour y loger ses soldats arrivant dans la ville. « C’est un quartier génial, qui grouille tout le temps, c’est un vrai labyrinthe. Je ne savais plus quoi dessiner. J’ai fait une grande carte et j’ai tout mis dedans ». raconte-t-il.

« J’ai pris une telle claque ! Ils aplatissaient l’image non pas parce qu’ils ne savaient pas dessiner mais pour raconter plus de choses »

Jean Mallard – mai 2021

Parmi les sources d’inspiration de Jean, il y a bien sûr la peinture naïve. On retrouve Le Douanier Rousseaux et les autres naïfs moins connus qu’il a découverts au Musée Maillol. On retrouve aussi les peintres d’Amérique latine comme Lasar Segall par exemple. Il est aussi sensible aux peintres David Hockney, Paul Clay, Jean-Michel Folon. Jean avoue avoir été grandement inspiré enfant par les films de Hayao Miyazaki ou encore le travail de Claude Ponti qui lui ont donné le goût du dessin.

Jean Mallard publie prochainement un livre pour enfants aux éditions Camelo Zampa.

En attendant de découvrir la suite de son travail, vous pouvez faire un tour sur son site ou le suivre sur instagram @jean.mallard.


Ses inspirations

Le Douanier Rousseau, Louis Vivin, Lasar Segall, Manuel Marsol, Claude Ponti, David Hockney, Paul Cley, Jean-Michel Folon, Hayao Miyazaki, Jeanne Macaigne, Anne Laval, Valerio Vidali, Jesus Cisneros, Brecht Evens, henryk Plociennik, Elenia Beretta, Vassily Kandinsky, Tsuguharu Foujita, Béatrice Alemagna, Reza Dalvand, Henrietta MacPhee, Fra Angelico, Paqaru, Virginie Cognet, Beya Rebai, Agnes Hostache, Marc Martinillo, Léa Maupetit, Yamashita Kiyoshi, Matrakçı Nasuh, Moebius, Claire Nicolet, Harriet Lee-Merrion


Ses outils

L’aquarelle (objet de fascination étant petit lorsque son père architecte dessinait), la gouache, l’acrylique, le pastel, des pigments faits maison, un peu de post prod sur ordi, parfois photoshop. En projet : la peinture sur bois.


Où le retrouver ?

Son site | www.jeanmallard.com
Insta | @jean.mallard

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