Sélectionner une page
Benjamin Flouw

Benjamin Flouw

Entre nature et texture

| Après un passage dans l’animation, Benjamin est aujourd’hui illustrateur. Dans son dessin il aime mettre en valeur la nature et les animaux par des formes épurées à main levée, un travail de texture et des lumières chaleureuses. C’est depuis sa maison marseillaise où il est maintenant installé depuis 4 ans qu’il joue le jeu de l’interview.

Salut Benjamin, comment es-tu arrivé dans l’illustration  ? 

Je dessine depuis tout petit. Puis j’ai mis ça en pause, ce n’était pas très sérieux. À la fin du lycée c’est revenu plus fort. J’avais toujours un peu de temps après les épreuves du bac. C’était l’explosion des blogs BD. Je me suis orienté vers l’anim à Supinfocom à Arles. Puis lorsque j’en ai eu marre de faire de l’anim, je suis passé à l’illustration. J’ai l’impression qu’il y a un peu deux parcours. Ceux qui viennent de l’anim directement et ceux qui viennent des beaux-arts ou d’école d’illustration. Il y a quelque chose de plus cinématographique dans les profils anim et quelque chose de plus expérimental dans les profils beaux-arts.

« Il n’y a pas un moment où je me dis : ah, c’est mon style, je m’arrête là et je fais tout le temps ça. C’est comme une grammaire graphique. Certains éléments restent et d’autres changent »


Benjamin Flouw parle de l’évolution de son style graphique

Comment as-tu trouvé ton style ? 

Après mes études, j’ai commencé à poster sur internet. Je voyais qu’il y avait plus ou moins de réaction en fonction des dessins que je postais. Le style s’est affiné comme ça. Le style que j’avais il y a 6, 7 ans quand j’ai fait mes premiers boulots en illu n’est pas du tout le même que celui que j’ai maintenant. Même celui d’il y a 3,4 ans, tu vois que c’est une évolution permanente. Il n’y a pas un moment où je me dis “ ah, c’est mon style, je m’arrête là et je fais tout le temps ça”. C’est comme une grammaire graphique. Certains éléments restent et d’autres changent parce que la demande des clients évolue aussi, parce que nos goûts évoluent. Cela change tout le temps. Il faut garder un temps dans son travail pour faire des projets personnels, sans attentes du client. Cela permet d’expérimenter des choses et voir ce qui marche. On peut toujours ajouter des éléments de langage, des nouveaux systèmes que l’on peut utiliser pour des projets professionnels. Parfois, je fais des projets persos et il faut un an avant qu’un client me demande quelque chose dans ce style mais ça finit toujours par arriver. Je leur demande toujours de se référer à ce que j’ai fait pour ne pas qu’ils me demandent ce que j’ai fait il y a dix ans. Au début quand j’ai commencé, je faisais des personnages rigolos en aspect “low-poly” et ça n’avait rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui.

Illustration pour Paloma, festival de musique à Nîmes

Qui sont tes clients aujourd’hui ? 

Je travaille encore pas mal pour le dessin animé dans les décors et la direction artistique. Ce n’est pas ce que je montre le plus sur les réseaux. C’est un dessin qui me ressemble mais qui ne m’est pas propre car on travaille souvent en équipe. Cela reste une grosse partie de mon activité. À côté de ça, j’ai les livres qui sont des projets passion, qui prennent pas mal de temps, qui sont moins bien payés mais satisfaisants à réaliser. Il y a aussi de temps en temps l’illustration éditoriale pour les magazines, les couvertures de livre et l’illustration pour les entreprises également. Je travaille sur mes propres livres que j’écris et que j’illustre mais je réalise aussi des couvertures pour des auteurs comme Philippe Djian chez J’ai Lu ou Copain des bois, Copain des mers. J’ai mon éditeur chouchou qui est La pastèque. Ce sont eux qui m’ont mis le pied à l’étrier, qui m’ont fait confiance dès le début et avec qui je m’entends très bien. Et je travaille aussi avec Milan Jeunesse, Gallimard, Thierry Magnier. Souvent on me propose des projets et je dis non ou j’en propose un autre. Pour le livre Grandiose par exemple, l’éditeur voulait faire un livre sur les gros engins, les grosses machines. Je leur ai dit “c’est pas trop mon truc mais le jour où vous voulez faire un livre sur les grands animaux, les grands arbres, ça c’est plutôt ma came”. Ils ont accepté de changer le projet. Ils m’ont fait confiance et j’ai écrit l’histoire. 

Le livre, ça ne paie pas énormément à moins que ce soit un best-seller. Il y a donc deux solutions possibles. Soit tu choisis de faire énormément de livres jeunesse dans l’année, soit tu en fais peu, tu les fais bien en les prenant comme des projets persos mais avec des bénéfices possibles. Je fais plutôt ce choix-là avec un livre par an, max 2. Je reçois entre 1 à 3 propositions par mois et je les refuse presque toutes. Il me faut un temps hallucinant pour faire un livre. Avec les avances souvent proposées par les éditeurs, ce n’est pas viable.

« L’illustration c’est un métier qui est mal compris en France. Quand tu dis – je suis illustrateur, en France on te dit – quoi, t’es graphiste ?, – non, je suis illustrateur, – ah, tu fais de la BD alors ?, – non, je suis illustrateur »


Benjamin Flouw au sujet de la perception de l’illustration en France

Comment as-tu trouvé tes premiers clients ? Comment s’est passé le passage de l’anim à l’illustration ?

C’était il n’y a pas si longtemps mais c’était une autre époque. Je me suis mis à poster des choses sur les plateformes Tumblr et Behance. Instagram n’était pas encore très installé à ce moment. Pas mal de personnes ont commencé à me suivre sur ces deux réseaux et j’ai eu mes premiers clients en illustration par là. Je n’ai jamais vraiment démarché. J’ai essayé mais il y avait trop peu de retour. Comme j’ai des copains qui travaillent dans l’animation, dans des boîtes de pubs, ça arrive qu’ils me recommandent pour du boulot de design. C’est pas mal de réseau. J’ai aussi deux agents Pocko et Tiphaine, qui me représentent et qui m’aident à accéder à des plus gros projets et des plus gros budgets. C’est souvent des clients qui ne viennent pas chercher un artiste directement mais qui demandent à l’agent de leur recommander un artiste. C’est une autre démarche.

Agent ou pas agent ? 

Je pense qu’il ne faut pas attendre d’un agent qu’il te trouve du travail. C’est assez minime finalement. L’intérêt c’est que lorsqu’un gros projet tombe, l’agent négocie le projet pour toi et peut dire combien valent tes dessins et les vendre. Si c’est un gros client qui utilise ton illustration sur les réseaux, en print, pendant tant de temps, sur tel territoire, on n’est pas formé en tant qu’illustrateur pour savoir combien ça vaut. C’est le rôle de l’agent. Pour moi c’est un peu comme le comptable qui t’accompagne sur un sujet sur lequel tu n’es pas bon. Un agent prend 30% de commission pour ton travail en général mais ça vaut le coup souvent. Il faut en avoir besoin. Pour une personne qui travaille dans l’éditorial ou dans l’édition, cela n’a pas d’intérêt. C’est surtout pour les gros budgets pubs, packaging. Quand je sens qu’il y a un peu de budget, je le transmets à mon agent. Cela reste rare que je travaille avec les agents. C’est 2, 3 fois par an. Cela dépend du contrat que l’on a avec lui. Dans certains cas tous les projets sur le territoire de l’agent doivent passer par lui, dans d’autres cas c’est seulement les projets que l’agent apporte. Après on peut en discuter. Quand ce sont des petits projets, ils peuvent le laisser. C’est toujours mieux d’être représenté par un agent qui connaît bien le territoire. Avoir un agent anglais qui te représente aux États-Unis par exemple, ce n’est pas une bonne idée. Quand je dois gérer moi-même, j’ai des repères que je tire de mon expérience avec un tarif jour/homme que je peux parfois augmenter un peu quand je sens que le client peut suivre. Il n’y a pas de grille qui existe. Les grilles qui existent ne sont pas très réalistes. Elles te disent ton tarif de base + 50% si le travail est utilisé dans le monde, + 300% si c’est utilisé sans date définie. Un petit client qui n’a aucune conscience des réalités des droits d’utilisation ne va pas pouvoir suivre les prix. Et tu peux te retrouver un peu con car tu aurais bien aimé travailler avec lui. Si le projet paie suffisamment mais ne prend pas en compte tous les droits d’utilisation mais vient fortement enrichir ton porfolio avec quelque chose que tu n’as jamais fait, tu peux trouver un compromis. Tu peux proposer des droits pas chers pour les premières années et augmenter un peu pour les années suivantes par exemple. Dans tous les cas, il ne faut pas se brader. Parfois il y a des projets sans trop de budget mais tu n’as pas forcément de boulot à ce moment. Est-ce que tu gardes tes principes tarifaires ou est-ce que tu travailles ? C’est toujours plus intéressant de se lancer sur un projet perso dans ces moments-là.

Quel est l’arbitrage que tu fais lors de l’acceptation ou non d’un projet ?

Il faut mettre un ordre de priorité pour les projets entre l’avancée de la carrière, l’entrée d’argent, le fun. Il faut au moins que les deux premiers soient ok. Quand la carrière est bien lancée, tu peux te permettre de mettre le fun devant, puis l’argent et enfin l’avancée de la carrière. La ligne artistique de ton travail est quelque chose qui ne doit même pas entrer en compte, c’est non négociable. Toi t’as ton portfolio, tes œuvres en référence et si ton client t’emmène quelque part ailleurs ça ne passe pas. S’il veut autre chose, il peut faire appel à un autre illustrateur. Après, il faut être en confiance pour imposer ce cadre-là. Pour l’illustrateur, il y a un équilibre délicat à trouver entre l’artisan qui exerce un savoir-faire et l’artiste qui défend un style. Il faut apporter les deux au même niveau pour le client. Tu n’es pas un graphiste qui fait de l’exécution. Il faut parfois le rappeler au client. Il n’a pas toujours l’éducation pour percevoir la différence entre deux styles. Il faut un peu jouer des coudes. C’est important de proposer quelque chose de consistant dans son porfolio avec la même logique, le même langage d’un bout à l’autre. S’il y a des choses qui datent un peu trop, influencées par un style d’un autre artiste, que l’on assume plus, autant le virer. Il vaut mieux avoir trois pièces qui montrent là où l’on va qu’avoir beaucoup de choses que l’on assume moyennement.

« Pour l’illustrateur, il y a un équilibre délicat à trouver entre l’artisan qui exerce un savoir-faire et l’artiste qui défend un style »


Benjamin Flouw explique les facettes du métier d’illustrateur

Si tu pouvais travailler avec n’importe qui, avec qui voudrais-tu travailler ? 

Je n’ai pas beaucoup d’idée. J’aime assez mon indépendance. Dans mon travail il y a toujours un peu le côté conscience environnementale, rapport à la nature. Si je devais faire un projet commercial avec une marque, ce serait Patagonia, pour l’ampleur du projet et les valeurs qu’ils portent. Après je préfère toujours mes projets personnels (rire). Si, peut-être les affiches de concerts des groupes que j’aime : punk, hardcore, jazz… Quand je vois un super groupe qui passe dans une salle à côté de chez moi, je me dis “putain, t’aurais pu leur faire un super truc”. Dans le sud de la France, c’est assez rare les projets locaux. J’ai travaillé un peu pour la Méridionale, les bateaux qui vont vers la Corse, pour Paloma, une salle de concert à Nîmes. Comme j’ai toujours communiqué en anglais, j’ai beaucoup de clients internationaux, de plus en plus de clients nationaux mais les clients locaux pas tant que ça. Je n’en cherche pas forcément car les budgets sont souvent plus restreints mais en même temps, en arrivant à Marseille et en voyant qu’il y a un embryon de culture visuelle qui n’est pas très développé, cela donne envie d’explorer tout ça et d’y contribuer. Quand je vois que la Mairie de Marseille utilise du Adobe Stock pour ses affiches alors qu’il y a des illustrateurs de ouf à Marseille c’est dommage. C’est en train de se développer. Il y a des galeries qui s’ouvrent, des illustrateurs en réseau qui montent des ateliers. Il y a moyen de faire des choses mais ce serait bien que les entreprises et les politiques publiques prennent le sujet en main.

Est-on obligé de passer par Paris pour travailler dans l’illustration ? 

Je n’ai pas eu de réseau parisien quand j’étais à Paris. Mes clients m’ont trouvé en ligne via mes réseaux Behance, Tumblr, Instagram. J’ai toujours travaillé par email. C’est pratique d’être à Paris quand tu travailles dans l’édition ou dans les magazines car ils aiment bien venir te voir. Je n’ai jamais eu de problème pour travailler à distance. Après, il y a le réseau des artistes, galeries, librairies, mais il faut être dans cet esprit là pour les rencontrer. Je ne sortais pas trop quand j’étais à Paris. Je ne suis pas un ours mais je n’ai pas trop développé ça. Je trouvais ça fatiguant d’essayer d’appartenir à quelque chose. J’ai toutefois rencontré des personnes très cools comme Jérémie Clayes @jeremieclaeys, Delphine Dussoubs @dalkhafine, Aurélien Jeanney @aurelienjeanney et d’autres. On s’est tous rencontrés un peu en même temps en commençant des carrières dans l’illustration à peu près au même moment. Il y a Marie-Laure Cruschi @cruschiform qui monte le festival Nîmes S’illustre @nimes.sillustre cette année. C’est une bonne pote et on partage beaucoup de choses. C’est de la balle le festival à Nîmes. Je suis gardois à l’origine. Nîmes c’est là où j’allais boire des coups avec les copains. Malheureusement je ne pourrai pas être au lancement cette année. J’espère que ça va être une réussite et que ça va continuer. J’ai hâte du lancement du festival et de voir la réaction des gens. On manque d’événements liés à l’illustration en France, hors illustration jeunesse. Je n’en reviens pas que l’on n’ait pas de syndicat ou d’association qui représente les illustrateurs commerciaux ou généraux. On a la charte des illustrateurs jeunesse mais il n’y a pas d’équivalent de l’Association of Illustrators en Angleterre ou la Society of Illustrators aux Etats-Unis, qui font des concours, de la promo pour l’illustration dans l’espace public. On manque aussi de festivals d’illustration. En France, il n’y a rien du tout. Il y a les puces de l’illustration à Paris une fois par an et à part ça, je ne connais pas d’événement dédié. L’illustration c’est un métier qui est mal compris en France. Quand tu dis “je suis illustrateur” en France on te dit “quoi, t’es graphiste ?”, “non, je suis illustrateur”, “ah, tu fais de la BD alors ?”, “non, je suis illustrateur”. J’ai habité un an à Londres. Là-bas, il y a un recours plus immédiat à l’illustration. Dans les années 50, Londres a fait des choix graphiques fort assez tôt en faisant appel à des graphistes qui étaient aussi illustrateur comme cela se faisait beaucoup à l’époque. C’est une culture qui manque en France, où l’illustration est directement associée à la jeunesse.

Où est-ce que tu as appris à dessiner ? Quelles sont les personnes qui ont compté pour toi, qui t’ont donné l’envie et les bons conseils ? 

Mon regain d’intérêt pour le dessin est venu avec les blogs BD. Ils dépoussiéraient l’image du dessin et cela m’a donné envie de dessiner. C’était très mauvais ce que je faisais. Un peu plus tard, il y a eu des gars comme Scott C, qui fait des petites scènes en reprenant des scènes de film avec des personnages simplifiés dans son ouvrage Amazing Everything. Durant mes études de 3D, je suis allé faire un stage à Londres dans un studio qui faisait de la pub. J’y ai retrouvé des anciens de mon école dont McBess qui motivait ses amis de l’anim. On organisait des concours et tout le monde se bougeait. Il disait “Ne vous lancez pas dans l’illustration, c’est la galère” mais moi ça m’avait plutôt bien motivé. Après il y a eu les grosses influences des illustrateurs des années 50, Miroslav Sasek, Mary Blair. Ils m’ont beaucoup influencé dans la simplification des formes, le traitement des couleurs. Et puis, il y a des influences tous les jours avec les réseaux sociaux. J’essaie de ne pas trop les regarder.

« Pendant le premier confinement, je me suis coupé des réseaux sociaux pendant quelques semaines. Je ne regardais que mes messages et je dessinais sans me comparer aux autres. »


Benjamin Flouw exprime son ressenti face à l’omniprésence des réseaux sociaux

Est-ce que tu vois les réseaux sociaux et l’influence permanente du travail des autres comme une difficulté dans le travail artistique ?

Ça peut être nocif. Au lieu d’avoir une vision claire de ce que l’on fait, on se focalise sur ce que les autres font et ce que l’on devrait faire pour être comme eux. Quand je passe du temps sur les réseaux sociaux je me dis “Ah, mais c’est ça que je devrais faire…”, “Ah mais non c’est ça…”. C’est une erreur, je me perds complètement. C’est bien de s’informer, de savoir où en est le marché, le désir des clients. Ce n’est pas qu’une démarche artistique. On parle à des clients commerciaux qui ont des besoins. Il est important de voir ce qu’il se fait, ce qui marche, les gens qui excellent, ce qui ne marche pas. Mais la boulimie d’image que je peux avoir par période est nocive. Pendant le premier confinement, je me suis coupé des réseaux sociaux pendant quelques semaines. Je ne regardais que mes messages et je dessinais sans me comparer aux autres. Sur le moment, je n’ai pas trouvé ces dessins dingues. Et avec le temps, je me rends compte que ce sont des travaux auxquels je reviens souvent, pour les palettes de couleur, pour chercher des compositions.

Quels sont les artistes actuels qui t’inspirent ? 

À un moment, j’avais envie d’aller quelque part avec mon style et je suis tombé sur le travail de Marie-Laure Cruschi et c’était exactement là où je voulais aller et je me suis retrouvé un peu bloqué. Je me suis dit “purée, j’adore mais je ne peux pas aller là, il y a déjà quelqu’un”. On s’est rencontrés et on en a parlé depuis. C’était assez drôle. C’était une sorte de croisement. Elle venait de quelque chose de très graphique, abstrait et elle allait vers quelque chose de plus dessiné. Et moi au contraire, je venais de quelque chose de plus dessiné et j’allais vers quelque chose de plus abstrait. Nos chemins se sont croisés à un moment où on allait faire quasiment la même chose. Ça a été une source d’inspiration et je m’en suis démarqué. Je pense aussi à Julia Sarda et à ses images très fouillées, très chics dans son livre “Le Talisman du loup”. J’aime aussi le dessin de Jon McNaught et ses palettes de couleurs limitées et ses ambiances dingues. Je regarde aussi le travail de Malika Favre pour l’élégance et la précision de son travail ou Olimpia Zagnoli, une illustratrice italienne. J’aime les styles qui sont un peu clivants, qui ne s’adressent pas à tout le monde. Il y a des bons artistes Marseillais aussi.

Vecteur ou pixel ? 

Je ne dessine que sur Photoshop. Je ne fais pas de vecteur. C’est Photoshop avec l’outil plume ou les pinceaux. Je vais de plus en plus vers des outils moins précis. Je viens de la 3D où on contrôle tout. Au départ j’avais besoin de contrôler beaucoup en trichant avec des textures, des brushs pour apporter de l’irrégularité, des effets de grain. J’essaie de m’en détacher pour faire un dessin plus naturel, à main levée. Je fais davantage d’étapes de dessin préparatoire sur carnet de croquis plutôt que de refaire 15 fois des corrections numériques. J’essaie de me libérer des outils pour aller vers quelque chose de plus vivant. Je pense à Owen Davey, dont mon travail se rapproche aussi. Il est plutôt sur un style très vectorisé. Je veux au contraire sortir des formes parfaites. Il faut que la forme soit géométrique mais pas les détails. 

Maison ou bureau ? 

Je travaille chez moi. J’ai de jeunes enfants et c’est plus pratique. On a acheté une maison et il y a un petit coin qui convient bien et m’évite de louer un bureau. Je ne ressens pas vraiment le besoin de travailler avec les autres. Dans l’anim, j’étais en open space et ça me gonflait que quelqu’un vienne derrière moi pour voir ce que je faisais. Filament, j’ai un côté un peu ours (rire). Je réfléchis tout de même à prendre un espace en dehors pour séparer vie personnelle et vie professionnelle. C’est un gagne temps énorme d’être chez soi et de ne pas avoir de transport. Cela demande une certaine discipline. Avant la pandémie du COVID, beaucoup disaient qu’ils n’y arriveraient pas. Je serais curieux de savoir ce qu’il en est maintenant. En me disciplinant avec des horaires, en ne touchant pas à la vaisselle sur le temps de travail, c’est possible. Cela peut être intéressant de travailler avec des personnes d’autres disciplines. C’est l’occasion de s’aider et de partager ses talents avec les autres. 

Que conseillerais-tu à un jeune illustrateur ? 

  1. Ce que l’on a évoqué sur les réseaux sociaux. Ne pas trop se comparer. 
  2. Faire attention à son modèle économique. C’est un métier. Ce n’est pas qu’une passion. Il faut savoir ses sources de revenu, ce qui rapporte de l’argent, ce qui n’en rapporte pas et tout équilibrer. Je ne pourrais pas faire ce que je fais si je n’avais pas du boulot en anim qui me rapporte un peu d’argent et qui me permet de m’amuser. 
  3. Être très prudent et mettre de l’argent de côté. C’est un métier qui est très instable. 
  4. Côté artistique, il faut expérimenter, expérimenter, expérimenter… tout le temps. 
  5. Faire des projets persos appliqués. Cela ne sert à rien de faire un dessin pour faire un dessin, ça ne parle pas à grand monde. Mais si c’est un dessin appliqué pour une série de prints, une étiquette de la bière d’un pote, pour illustrer une céramique, ça a plus d’impact. Cela permet d’élargir le champ des possibles et apporter des projets auxquels on n’avait pas pensé. On est illustrateur et pas artiste. Si tu fais de l’illustration, tu viens accompagner quelque chose, une démarche commerciale, une histoire. Quand tu es artiste, tu crées une œuvre d’art et tu essaies d’avoir un propos. C’est important d’être au clair sur ce que l’on fait. On ne vend pas de la même manière. On ne démarche pas une galerie avec des illustrations commerciales. C’est vrai aussi dans l’autre sens. Les clients ont besoin qu’on leur tienne la main en leur montrant les champs d’applications de nos illustrations. 
  6. Je conseille le statut MDA (Maison des artistes), ça reste fiscalement le statut le plus intéressant qui existe tout confondu.

En attendant de découvrir la suite de son travail, vous pouvez faire un tour sur son site ou le suivre sur instagram @benjaminflouw.


Ses inspirations

Lou Romano, Mary Blair, Scott Wills, McBess , Scott C, Jon McNaught, Miroslav Sasek, Charley Harper, Alexander Girard, Neil Fujita, Tom Eckersley, Bernie Fuchs, le couple Provensen, Adrian Tomine, Keith Neygley, Andrea Serio, Geoff McFetridge


Ses outils

Des carnets de croquis pour préparer les dessins, travail sur photoshop avec une recherche d’un dessin à main levée en s’appuyant de moins en moins sur les outils.


Où le retrouver ?

Son site | benjaminflouw.com
Insta | @benjaminflouw

Beya Rebaï

Beya Rebaï

L’héritière des fauves

| Encore méconnue il y a peu de temps, Beya Rebaï a su creuser un sillon artistique original entre pastel, fauvisme et couleurs explosives. Son travail, sa production prolifique et son style inimitable ont su toucher un large public.

La première fois que nous nous rencontrons, c’est en 2019, dans l’ancienne pharmacie du 11eme arrondissement devenue la Slow Galerie, lieu d’exposition des nouveaux talents de l’illustration. Ce soir-là, nous sommes nombreux à admirer la Bretagne en grand format à travers les lignes hachurées et vibrantes des pastels de Beya Rebaï à l’occasion du vernissage de son exposition Rivage.

Un an et demi plus tard, nous nous retrouvons du côté du Père-Lachaise. Au calme, Beya se prête au jeu de l’interview. Installée dans un café voisin, elle souffle un coup après une semaine intense. L’atelier où elle travaille avec 5 autres illustrateurs jeunesse et graphistes est à quelques rues de là. Beya s’est éclipsée le temps d’un échange.

Paris, le grand terrain de jeu

Le quartier est familier. Et pour cause c’est là que Beya est née en 1995. Ses parents habitent à République. Elle s’imprègne très tôt de l’atmosphère culturelle bouillonnante de l’est parisien. En grands amateurs d’art, ses parents l’emmènent dans les musées et galeries parisiennes. Les samedis après-midi, c’est au Centre Pompidou que l’on fait les promenades familiales. Beya est encore trop jeune pour les suivre. « Ils me donnaient un carnet et des crayons, ils demandaient au gardien de me surveiller et ils partaient visiter le musée. Lorsque mes parents revenaient, il y avait des chinois autour de moi qui regardaient et s’émerveillaient de mes dessins. Mon goût pour la couleur et l’art a commencé comme cela ». Quelques années plus tard, Beya animera des ateliers d’initiation au dessin et à la couleur. Son public est déjà là mais le moment n’est pas encore venu.

« Lorsque mes parents revenaient, il y avait des chinois autour de moi qui regardaient et s’émerveillaient de mes dessins. »

Beya dessine à côté du gardien au Centre Pompidou

Son père est d’origine tunisienne. Son métier d’organisateur de voyage pour les entreprises offre à la famille l’opportunité de voyager facilement. « On avait des réductions pour les avions et les hôtels. Les parents étaient des grands globes trotteurs. Ils m’ont emmené partout avec eux. Je pense que c’est pour cela que je suis attirée aujourd’hui par le voyage, par le fait de découvrir une nouvelle ville, un nouveau pays ». Du côté de sa mère elle puise la lumière et les paysages de la côte bretonne. La maison de ses grands-parents dans le golfe du Morbihan est son terrain de jeu durant les vacances d’été. C’est à ces souvenirs qu’elle rend hommage dans son exposition Rivage. La double nationalité de Beya la rend sensible à l’impact de l’image sur les représentations humaines. « Je ne suis pas une artiste « engagée ». Je me positionne dans ma vie personnelle mais je ne porte pas un message dans mon travail. Par contre, je fais attention à représenter des personnes avec des couleurs de peau différentes par exemple. Quand j’étais petite, j’aurais aimé voir des enfants qui me ressemblaient un peu plus. J’ai le souvenir de Martine à la plage. J’étais fasciné par elle. Elle avait des cheveux lisses, elle s’habillait bien, sa peau était toute blanche. Moi qui étais une petite fille bronzée avec les cheveux bouclés, je ne me retrouvais pas forcément. Pour moi c’est important de représenter toutes les personnes et que tout enfant puisse se reconnaître dans une illustration ». Actuellement, elle réalise un livre jeunesse. Le papa sera noir, la maman blanche et l’enfant métisse.

L’impatience de la vie artistique

À l’école, Beya dessine la plupart du temps dans les marges de ses cahiers. La concentration est une difficulté pour elle durant les cours. « Les professeurs me reprenaient parce que je n’écoutais pas. Au collège et au lycée, je ne me sentais pas très bien. Les matières scientifiques ne me parlaient pas du tout. J’allais en cours à reculons et je remplissais des carnets de dessin. J’aurais pu monter un business car je faisais les cartes de géographie de toute ma classe ». Au collège, une fois les cours terminés, elle se rend aux Arts Déco de Paris et au carrousel du Louvre pour suivre des cours de dessin, natures mortes et modèles vivants. Seules la philosophie et la littérature l’intéressent. Elle aspire à rejoindre un bac artistique. Ses parents refusent et lui demandent d’aller au bout de sa scolarité en littérature. C’est une épreuve pour Beya qui lutte jusqu’à la terminale. À la fin du lycée, le moment est venu de présenter l’école des Arts Décoratifs de Paris et de Strasbourg. « Je suis quelqu’un de plutôt réservé et pas très démonstratif. Il était demandé beaucoup d’explications et de conceptualisation du travail artistique. Je voulais seulement dessiner. Cela n’a pas fonctionné ». C’est finalement dans la prépa artistique publique de l’EPSA à Ivry sur Seine qu’elle commence son parcours. Elle découvre alors que le métier d’illustratrice peut lui correspondre. « Je ne savais même pas ce que c’était. Un ami m’a dit qu’on pouvait travailler pour la presse et vivre en dessinant tout le temps. Je me suis dit, allez on part là-dessus ». Dans cette optique, elle rejoint l’école St Luc de Bruxelles. Le rythme est soutenu, scolaire et théorique. Beaucoup de ses camarades se découragent et abandonnent. Beya est habituée à un cadre exigeant depuis l’école privée catholique. Elle persévère. « Au bout de trois ans, je ne me voyais pas me lancer dans l’illustration seulement avec mes bagages en couleur et en dessin. Ce n’était pas assez professionnalisant. Il me manquait quelque chose de très concret qu’il n’y a pas forcément dans les écoles d’art. On nous dit vous faites de l’art et après on vous lâche dans la nature sans outil concret. Je ne me sentais pas prête. Je n’étais pas achevée ». Elle rentre à Paris.

« Je me suis dit, si j’attends qu’on me professionnalise, quand je sors de l’école dans un mois, je suis sous les ponts. »

Beya Rebaï à la fin de ses études

Elle s’inscrit au master illustration de l’école de Condé. C’est une découverte. Les techniques numériques sont très présentes. Elle se familiarise avec les logiciels alors qu’elle n’a jusqu’alors travaillé qu’avec des outils manuels. Mais l’autonomie des élèves est très importante et Beya perd ses repères. Le cadre rassurant auquel elle a été habituée a disparu. Elle ne trouve pas les clés concrètes qu’elle attendait pour accéder à la vie professionnelle. Intérieurement, c’est le bouillonnement. « À ce moment-là, j’étais chez mes parents, je me suis mise à bosser comme une folle, à faire mon site, mon instagram, à commencer à vendre quelques dessins pour me faire un peu d’argent. Je me suis dit, si j’attends qu’on me professionnalise, quand je sors de l’école dans un mois, je suis sous les ponts ». Une heureuse rencontre lui donne un nouveau souffle et lui ouvre les portes.

Klin d’œil, la rampe de lancement

Depuis quelques mois, elle suit le travail des sœurs Capman chez Klin d’œil, une boutique de créateurs cachée à l’ombre de l’église Saint Joseph dans le 11ème arrondissement. Elle demande à y faire son stage d’étude. Le courant passe très bien. « Elles m’ont beaucoup mise en avant et encouragée. Elles ont commencé à vendre mes illustrations et à partager mon travail à leur communauté sur les réseaux sociaux qui était importante. J’ai gagné beaucoup de visibilité grâce à elles ». La fin des études approche ainsi que le pas vertigineux vers la vie professionnelle. Les signaux sont positifs. Beya publie très régulièrement sur instagram. « Pendant un an je postais une image tous les jours, sans exception, dimanches compris. Aujourd’hui, je ne sais pas comment j’ai fait. Je produisais énormément. Je finissais à deux heures du mat’ tous les jours ». Son compte instagram grandit et les premières commandes arrivent. C’est le Guardian qui la contacte ! « Là c’est la grosse panique. Je n’étais pas encore affiliée à la maison des artistes. J’avais les travaux de l’école à rendre en même temps ». Durant quelques semaines, elle mène cette double vie de front. O galeria une galerie d’exposition à Porto lui propose un solo show. « J’étais débordé par le travail. Ma mère est venue avec moi au Portugal. Je lui ai dit maman, je sens que ça commence à décoller pour moi, il faut que j’arrête les cours. Un diplôme personne ne va le regarder lorsque j’aurais fait des commandes. J’appréhendais d’en parler à mon père car c’est lui qui payait toute la formation. Il a compris qu’il fallait que je me consacre totalement à mon travail ».

« Pendant un an je postais une image tous les jours, sans exception, dimanches compris. Aujourd’hui, je ne sais pas comment j’ai fait. »

Beya Rebaï – mai 2021

Avant de quitter l’école, elle fait la rencontre de Marion de l’agence O Pekelo qui lui propose de signer avec elle. La carrière d’illustratrice commence. Les commandes se multiplient grâce à sa visibilité sur instagram. « La première commande pour le New-Yorker, j’étais comme une folle. J’ai appelé mon agent, il était 21h30… j’ai dit : Marion je suis désolé de t’appeler à cette heure-ci mais j’ai une commande pour le New-Yorker ! ». Beya a fait le choix assez tôt d’écrire toutes ses publications en anglais pour s’adresser un public international. Ses créations ont su toucher de l’autre côté de l’atlantique. Ses clients sont essentiellement étrangers, les USA, l’Allemagne, l’Angleterre. « Je me suis rendu compte que les budgets à l’étranger n’ont rien à voir avec une page dans un journal  français. Les budgets sont triplés, quadruplés. À ce moment, j’ai commencé à bien gagner ma vie ». Fort de ces premières victoires Beya quitte l’appartement familial pour louer son propre appartement.  

Le pastel, la découverte qui a tout changé

À l’origine de ce succès il y a un grand déclic. « La chose la plus importante, c’est lorsque j’ai découvert le pastel et que j’ai trouvé mon style. C’était l’été 2018. Je suis partie en vacances en Italie et en Suisse avec mes parents. Petite anecdote… Je suis rentrée dans un magasin. Tout était très cher. Je découvre les pastels Caran d’Ache Neo Color II et j’en vole cinq ! L’ironie, c’est qu’aujourd’hui je suis devenue ambassadrice France de ces pastels Caran d’Ache et je travaille avec tous les jours ». Nous sommes en Italie. Il fait beau. Les journées s’allongent. Beya profite de la douceur estivale et du charme des paysages pour recouvrir ses carnets de croquis. « Je vois des montagnes… et là… gros coup de cœur pour les montagnes. Je ressens un truc au milieu de ces montagnes. Quelque chose de très imposant, très intimidant, très fort. Je me sens toute petite. J’en suis très émue et j’essaie de retranscrire ce que je vois. À partir de ce moment, je ne m’arrête plus. Je dessine tous les jours au pastel. C’est un très grand coup de cœur. J’ai enfin trouvé un médium qui me fait vibrer par les couleurs intenses, par la texture. Je me dis que j’ai trouvé un truc après 6 ans d’études ». Jusqu’à présent Beya avait le sentiment de ne pas trouver sa pâte, de changer de style régulièrement. La peinture demande des mélanges, le feutre bave, le digital est lisse. Elle ne se retrouve dans aucune technique. « J’avais besoin de quelque chose qui me parle, qui me fasse vibrer, qui me permette de travailler à la main, de m’exprimer. Je tombe sur le pastel et c’est un coup de foudre. Une révélation ».

« J’ai travaillé récemment au fusain et j’ai adoré. Mais j’ai peur de le montrer. J’ai peur que l’on ne me reconnaisse pas. »

Beya Rebaï partage ses questionnements – mai 2021

En dessinant dans les cafés, les personnes, la végétation, les paysages Beya réalise qu’elle peut travailler sur tous les sujets avec cette technique. « C’était un soulagement. J’étais tellement heureuse. C’était toutes ces années de boulot à me chercher… Enfin je trouvais quelque chose qui me plaisait ! Cela a été un soulagement et une très grande satisfaction ». Le pastel est la marque de fabrique et l’outil qui a fait son succès. Pourtant il n’est pas évident pour un artiste d’être fortement identifié à une technique au risque d’y être enfermé. Elle confie « Le fait de tenter d’autres matériaux me fait peur. Les gens me connaissent pour le pastel et viennent me chercher pour cela. Imagine, je prends plus de plaisir à faire de la peinture ou de l’aquarelle… Cela veut dire que mon style va complètement changer et les gens ne vont plus venir me voir. Je n’ose pas expérimenter d’autres matériaux car j’ai peur de perdre mon style et de n’être plus reconnue. Je fais cela pour moi mais je ne le montre jamais. J’ai travaillé récemment au fusain et j’ai adoré. Mais j’ai peur de le montrer. Je sais que la cohérence d’un book est très importante. J’espère qu’un jour j’arriverai à montrer autre chose que du pastel et qu’on retrouve mon style». Pourtant Beya explore déjà de nouvelles directions, notamment le pastel à l’huile qu’elle pratique en substitution au pastel à la cire. Elle élargit sa gamme de couleur avec des teintes de jaune qui viennent compléter ses duos de rouge et bleu et ses couleurs froides.

Gérer le succès et rester créative

En peu de temps, Beya s’est retrouvée propulsée sur le devant de la scène. Si elle bénéficie du confort de ne pas avoir à chercher ses clients, elle voit aussi les limites de ce succès. Entre les commandes pour la presse, la boutique à alimenter, les colis à expédier et les ateliers de dessin à animer, il ne reste plus beaucoup de temps pour créer. « Actuellement, dans ma semaine, je dois dessiner en tout et pour tout peut-être un jour. Le reste c’est des mails, des devis, l’administratif, la boutique, les colis… Comme je fais tout toute seule, je n’ai plus le temps de dessiner pour moi ». C’est pourquoi Beya envisage de prendre une personne à mi-temps à la rentrée pour l’aider à suivre son site internet, sa boutique et son compte instagram. « C’est énormément de boulot de répondre à tous les messages des personnes qui me contactent. Je n’ai pas envie d’être la meuf qui ne répond pas aux messages. C’est pourtant ce que je fais en ce moment. Je ne trouve plus le temps ». Son objectif prochain est de libérer du temps pour approfondir son travail et expérimenter de nouvelles directions « Avant j’acceptais tous les projets. Je me disais qu’il fallait que je paie mon loyer, que je mange. J’avais cette niaque d’être toujours occupée. Aujourd’hui je peux me permettre de refuser quelques projets pour me concentrer sur ma pratique. ». Grâce à ce nouveau temps libre elle espère dessiner davantage, revenir aux origines et explorer de nouveaux continents.

« Une prairie ce n’est pas forcément vert, un ciel n’est pas forcément bleu. Faire un arbre violet, je trouve cela génial. Cela m’a ouvert des possibles énormes. »

Beya Rebaï au sujet de sa découverte du fauvisme – mai 2021

Parmi les grandes inspirations de Beya, on ne peut pas ne pas citer le fauvisme, mouvement initié par Henri Matisse et André Derain, qui au cours de l’été 1905 ouvrent une nouvelle voie à la peinture. Loin de la capitale et de son influence, installée sur la côte méditerranéenne dans le village de Collioure, ils explorent la lumière et s’affranchissent des codes de la peinture réaliste. On retrouve dans la vivacité et la fouge des couleurs de Beya cet héritage, qui a valu aux deux peintres français d’être appelés « fauves » par les critiques parisiens. « Ils utilisaient la couleur sortie du tube. Ils plaçaient des couleurs qui n’étaient pas réelles. C’est cela qui m’a marqué. Une prairie ce n’est pas forcément vert, un ciel n’est pas forcément bleu. Il y a quelque chose à imaginer dans l’utilisation de différentes couleurs pour les éléments. Faire un arbre violet, je trouve cela génial. Cela m’a ouvert des possibles énormes ». Dans cette lignée, elle est sensible à Pierre Bonnard, David Hockney dont elle reconnaît avoir tiré une grande inspiration des tableaux. « Tout ce qui touche à la couleur vive, cela me parle énormément ! Je pense que cela me vient de mon enfance. Dans les musées, je ne comprenais pas le sens des tableaux. Je voyais simplement les associations des couleurs entre elles. Je n’en avais pas conscience mais c’est resté. Je suis plus intéressée par un tableau qui provoque une émotion par la composition des couleurs qu’une œuvre avec un concept derrière. Ce que j’essaie de retranscrire, c’est une émotion dénuée de toute intellectualisation, quelque chose de très pur et instinctif».

En attendant de découvrir la suite de son travail, vous pouvez faire un tour sur son site ou la suivre sur instagram @beya_rebai.


Ses inspirations

Pierre Bonnard, Sonia Delaunay, Idir Davaine, Yann Kebbi, Lorenzo Mattoti, David Hockney, Andrea Serio, Roger Mühl, Firenze Lai, André Derain, Henri Matisse


Ses outils

Le pastel à la cire, le pastel à l’huile, l’ipad pro


Où la retrouver ?

Son site | beyarebai.com
Insta | beya_rebai

Clément Thoby

Clément Thoby

L’intensité du crayon de couleur

| Son dessin est figuratif, presque réaliste, mais ses croquis laissent toujours transparaître la force expressive et le charme irrégulier du crayon de couleur.

Originaire de Nantes où il grandit, c’est d’abord vers le dessin de mode que se tournent les rêves d’enfant de Clément Thoby. En regardant les documentaires de Marc Jacobs et Karl Lagerfeld, il découvre les métiers de la création en haute couture et notamment le métier de dessinateur de mode. L’idée fait son chemin et à l’approche du lycée Clément Thoby entame une négociation avec ses parents afin de s’orienter vers un métier créatif. À défaut d’entrer dans une filière artistique, il quitte sa filière scientifique pour se rapprocher de l’art par la littérature.

Ce n’est que le bac en poche qu’il se consacre entièrement au dessin. Il entre MANAA à Paris, l’année de mise à niveau qui donne accès aux écoles d’art. Plutôt que de confirmer son intuition première pour la mode, la richesse des cours et la diversité des techniques lui ouvrent de nouvelles perspectives. Le cinéma, le dessin animé, il existe de nombreuses autres voies que la mode pour vivre du dessin. C’est donc le DMA cinéma d’animation Sainte Geneviève qui l’accueille et le prépare à l’Ecole des Métiers d’Animation (EMCA), où il se découvre plus sensible dans la conception des décors plutôt que dans l’animation des personnages. La troisième année est consacrée au film de fin d’étude qui couronne traditionnellement les études en cinéma d’animation. C’est avec Augustin Guichot qu’il s’associe pour réaliser Le Client, un court métrage animé aux ambiances inspirées de David Lynch.

« Je recherchais des personnes qui avaient une personnalité artistique forte pour pouvoir apprendre d’eux et me greffer sur leurs projets en m’adaptant à leur style »

Clément Thoby lorsqu’il travaillait en animation

Il dessine sur son temps libre à la recherche de son style. “Je comptais plutôt sur les autres. Je recherchais des personnes qui avaient une personnalité artistique forte pour pouvoir apprendre d’eux et me greffer sur leurs projets en m’adaptant à leur style”. Clément Thoby confie qu’à cette période il a un blocage lorsqu’il dessine pour lui. “Je n’y arrivais pas. Je n’avais aucune confiance en moi. À aucun moment je me suis dit, je vais me mettre à mon compte. Je vais avoir mon style. Je vais faire de l’illustration. Je me disais, l’idéal serait de pouvoir travailler en décor sur des productions qui me plaisent”. Le temps n’est pas encore venu pour la carrière artistique personnelle. C’est sur la série Lastman qu’il fait ses premières armes. Il y apprend les fondamentaux du cadrage, de la perspective et de la mise en scène. “Ça a été très intense, très formateur, mais aussi très technique. Je ne faisais pas du tout de couleur. Cela me frustrait”. Il poursuit son début de carrière en animation sur les décors pour des séries. Il travaille sur Ariol et Chien Pourri, les adaptations animées des livres de Marc Boutavant. Il y fait la connaissance de Marie Lelullier, sa chef décoratrice et Davy Durand, réalisateur et illustrateur qui lui apportent de précieux conseils sur le rythme et la simplification du dessin.

Si le croquis était une vraie culture durant ses études à Estienne et à Sainte-Geneviève, il en est vite dégoûté. Il ne pratique plus en arrivant à l’EMCA à Angoulème. Ce n’est que des années plus tard qu’il redécouvre ce format et y prend goût. En 2017, au cours d’un voyage aux Etats-Unis, il fait une expérience qui va définitivement changé la direction de son travail. Il dessine pour la première fois avec de la craie à la cire. C’est une première révélation. “Cela m’a beaucoup amusé. J’ai été très agréablement surpris par l’enthousiasme de mes proches à mon retour en France”. Cette première satisfaction d’un travail plus personnel le pousse à persévérer sur son temps libre en parallèle des productions en animation sur lesquelles il travaille.

« C’est à ce moment que j’ai pu rencontrer d’autres illustrateurs et découvrir ce milieu que je connaissais assez peu. Je me suis rendu compte que cela m’intéressait de plus en plus »

Clément Thoby à la Foire de l’illustration de Bagnolet – 2019

C’est aussi à cette période qu’il débute sur instagram. On lui prête un rez-de-chaussée dans un atelier d’architecte, passage du Ponceau dans le deuxième arrondissement de Paris. Clément y fait sa première exposition et vend ses premiers dessins. Les retours sont encourageants. Il ne songe pas pour autant à quitter la sécurité des grosses productions. Un de ses grands désirs n’a pas encore été réalisé. Depuis l’école, il rêve de travailler sur un long métrage. C’est Le Sommet des Dieux, le film adapté du manga de Jirō Taniguchi, qui lui permet de franchir cette étape. En 2019, Clément vend ses premiers tirages aux Puces de l’illustration de Bagnolet. Cette foire organisée par le Campus Fonderie de l’image rassemble le temps d’un week-end les professionnels de la création graphique dessinée. “Il y avait beaucoup de monde à cette foire. C’est à ce moment-là que j’ai pu rencontrer d’autres illustrateurs et découvrir ce milieu que je connaissais assez peu. Je me suis rendu compte que cela m’intéressait de plus en plus”. Il reçoit à cette occasion sa première commande professionnelle en tant qu’illustrateur.

En mars 2020, alors que le confinement mondial commence et que les productions tournent au ralenti, Clément met tout son temps à profit. Il produit et publie ses créations personnelles sur les réseaux sociaux. Un article du média It’s nice that lui donne une forte visibilité et lui apporte ses premiers clients dans la presse allemande et japonaise. “J’ai vite frôlé le burn out pendant ce confinement. Je me suis rendu compte que je ne pouvais plus tout faire, que je n’avais pas assez d’heures dans une journée, et que j’arrivais à un tournant où il fallait que je choisisse. Très clairement, ce qui me motivait le plus, c’était l’illustration”. Heureux d’être allé au bout de son travail en animation, il se lance à temps plein en illustration à l’été 2020.

« Ce que je trouve très intéressant en illustration c’est que l’on peut me proposer un projet auquel je n’aurais jamais pensé »

Clément Thoby – mai 2021

Aujourd’hui il dessine ses commandes presque exclusivement aux crayons de couleur. On retrouve son travail dans la galerie Inventaire, en face du Centre Pompidou ou chez Artazart, la librairie d’art au bord du canal Saint-Martin. Il confie sa préférence pour les techniques traditionnelles. “En fait c’est un plaisir. J’en avais marre d’être uniquement sur l’ordi. C’est un plaisir unique”. Si sa technique est presque intégralement à la main, Clément tire son inspiration de ses découvertes sur internet. Les confinements successifs n’ont pas favorisé les voyages et le dessin d’après nature. Cela ne dérange pas Clément qui confie avoir une préférence pour le travail d’après photo dans son atelier. Il voyage au Pays-Bas, en Ecosse, en Angleterre et au Japon depuis son bureau. Il aimerait déployer son travail sur d’autres supports et à des échelles plus grandes. “J’aimerais essayer d’autres choses, voir mes dessins reproduits sur des vitrines, des fresques, des lieux. J’aimerais travailler avec des scénographes, des graphistes, des architectes et penser l’œuvre en même temps que l’espace”.

En attendant de découvrir la suite de son travail, vous pouvez faire un tour sur son site ou le suivre sur instagram @clementhoby.


Ses inspirations

Lorenzo Mattotti, David Hockney, Andrea Serio, Kokooma, Beya Rebai, Gustav Klimt, Félix Vallotton, Keith Haring, Jean-Michel Basquiat, Jean Mallard, Kazuo Oga, Edward Hopper, Jorge Gonzales, Manuele Fior, Cyril Pedrosa, Stephen Shore, André Derain, Hayao Miyazaki, Tom Haugomat, Kate Bush, Joey Yu, Hiroshige, Patti Smith, Kate Bush


Ses outils

La craie à la cire (grande révélation durant son voyage aux Etats-Unis en 2017), les crayons Polychromos Faber Castell et surtout les Luminans de chez Caran d’Ache qui sont “très denses, bien couvrants”, un scanner agrandisseur de chez l’atelier Cosy Pixel, Photoshop pour la retouche des illustrations.


Où le retrouver ?

Son site | clementthoby.com
Insta | @clementthoby

Jean Mallard

Jean Mallard

La passion napolitaine

| Le téléphone sonne. « Est-ce que je peux te rappeler dans 5 minutes, je suis à vélo ? ». Nous sortons peu à peu d’un an de confinement. Jean Mallard vient d’arriver chez un ami dans le sud de Paris juste avant le couvre-feu. Il termine l’école des Arts Décoratifs dans un mois.

Étudiant pour encore quelques jours, Jean n’a pas attendu bien longtemps avant de se lancer à corps perdu dans l’illustration. En 2018, dans le cadre des Arts Décoratifs, il propose une série de dessins au jury de la Foire d’illustration de Bologne. Son travail est remarqué et il est récompensé par le Grand prix Award. Il s’y rend avec deux amis. « C’était un bon moment pour rencontrer des éditeurs et voir ce qui se fait dans le monde. C’est comme cela que j’ai découvert le milieu de l’illustration et des éditeurs italiens » raconte-t-il. En 2019, alors qu’il vient de quitter la section cinéma d’animation pour l’image imprimée, une formidable opportunité s’offre à lui. On lui propose une bourse pour illustrer un livre pendant un an en Italie.

« Ils m’ont dit, tu fais quoi en ce moment ? – Je suis à Naples et ça m’inspire trop. Ils m’ont répondu: dans un an, tu fais une expo sur Naples à Paris»

Jean Mallard et la Slow Galerie en 2019

À ce moment-là, il est en contact avec la Slow Galerie, un magasin d’art atypique dédié à l’illustration et les arts graphiques, installé dans une ancienne pharmacie du 11ème arrondissement de Paris. « Ils m’ont dit, tu fais quoi en ce moment ? – Je suis à Naples et ça m’inspire trop. Ils m’ont répondu : dans un an, tu fais une expo sur Naples à Paris ». Durant une année, Jean Mallard travaille sur ce projet, baigné dans l’atmosphère napolitaine où il est comme un poisson dans l’eau. Le climat méditerranéen et ses habitants qui parlent et s’inventent des vies sont une source d’inspiration inépuisable pour lui.

  • jean-mallard-dessinateur

À l’origine, Jean Mallard est un passionné de bande dessinée. Mais c’est finalement vers le livre illustré qu’il s’est tourné « Cela a vraiment évolué au cours des études. J’ai été plus attentif aux personnes qui s’intéressent au dessin aujourd’hui et à celles qui aiment mes dessins. Cela m’a conduit au livre illustré » confie-t-il. Jean travaille actuellement en tant qu’illustrateur pour des auteurs, revues, éditions, institutions, comme le Musée Explora à Rome, la ville de Bordeaux, les podcasts Emotions, No Filter ou encore l’artiste Théo Ceccaldi.

« C’est bien de raconter les histoires des autres, mais j’ai envie de raconter mes propres histoires»

Jean Mallard – mai 2021

Si le travail de commande est une étape nécessaire dans le parcours d’un illustrateur, il n’est pas toujours aisé de mettre son art au service d’un commanditaire tout en apportant son regard personnel d’artiste. C’est ce que Jean constate dans son travail « Je remarque que plus j’ai du plaisir dans un dessin, mieux il est perçu aussi. C’est quelque chose qui se ressent. Si les commandes sont très guidées, cela ne marche pas. Ce qui me motive depuis toujours en dessin, c’est le récit. L’idée de raconter des choses en dessin c’est le trip ultime » avoue-t-il. « C’est bien de raconter les histoires des autres, mais j’ai envie de raconter mes propres histoires. C’est ce à quoi je vais me consacrer prochainement, même si c’est très intimidant. Le dessin c’est une chose mais avec le texte on est encore plus à nu. »

Pourtant, sans utiliser de mots ses illustrations racontent déjà des histoires à travers des foules pétillantes de vie, cachées dans des grands formats où l’on découvre chaque jour un nouveau détail. « Au début, je faisais beaucoup de BD et mes personnages parlaient puis je suis allé vers un dessin plus silencieux. Sur la série de Naples par exemple, j’aime l’idée qu’il y ait beaucoup de détails, que l’on donne de la matière aux gens et qu’ils puissent prendre ce qu’ils veulent et qu’ils se racontent leurs propres histoires à leur façon, comme un grand buffet où il y a plein de choses et chacun fait à sa sauce».

Le grand diptyque du quartier du Roi d’Espagne à Naples, dessiné pendant plus d’un mois.

Sur des panoramas très colorées en grand format, Jean Mallard peint la clameur de la ville et la chaleur des fins d’été. On se perd dans des soleils couchants où ciel et mer se confondent sur des estampes qui rappellent le Japon. N’en déplaise à son père architecte pour qui il avait une grande admiration étant petit, la perspective n’a plus d’importance. Pour lui, le but n’est pas que les lieux soient le plus proche du réel mais qu’ils laissent passer l’émotion. Cette conviction est née d’une expérience qu’il a faite au cours de l’exposition Le Monde vue d’Asie – Au fil des Cartes, en 2018, au Musée Guimet. « J’ai pris une telle claque ! Je me suis rendu compte qu’avant c’était des peintres qui faisaient les cartes et pas vraiment des scientifiques. Ils représentaient le monde de façon très artistique et narrative plutôt que par la rationalité. Ils aplatissaient l’image non pas parce qu’ils ne savaient pas dessiner mais pour raconter plus de choses ». Il s’approprie cette approche et la met en œuvre à Naples, en créant le grand diptyque du quartier espagnol sur lequel il passe plus d’un mois. Il y dessine la vie de Naples, la nuit et le jour dans ce quartier étriqué et débordant de rues où le Roi d’Espagne a dû construire rapidement pour y loger ses soldats arrivant dans la ville. « C’est un quartier génial, qui grouille tout le temps, c’est un vrai labyrinthe. Je ne savais plus quoi dessiner. J’ai fait une grande carte et j’ai tout mis dedans ». raconte-t-il.

« J’ai pris une telle claque ! Ils aplatissaient l’image non pas parce qu’ils ne savaient pas dessiner mais pour raconter plus de choses »

Jean Mallard – mai 2021

Parmi les sources d’inspiration de Jean, il y a bien sûr la peinture naïve. On retrouve Le Douanier Rousseaux et les autres naïfs moins connus qu’il a découverts au Musée Maillol. On retrouve aussi les peintres d’Amérique latine comme Lasar Segall par exemple. Il est aussi sensible aux peintres David Hockney, Paul Clay, Jean-Michel Folon. Jean avoue avoir été grandement inspiré enfant par les films de Hayao Miyazaki ou encore le travail de Claude Ponti qui lui ont donné le goût du dessin.

Jean Mallard publie prochainement un livre pour enfants aux éditions Camelo Zampa.

En attendant de découvrir la suite de son travail, vous pouvez faire un tour sur son site ou le suivre sur instagram @jean.mallard.


Ses inspirations

Le Douanier Rousseau, Louis Vivin, Lasar Segall, Manuel Marsol, Claude Ponti, David Hockney, Paul Cley, Jean-Michel Folon, Hayao Miyazaki, Jeanne Macaigne, Anne Laval, Valerio Vidali, Jesus Cisneros, Brecht Evens, henryk Plociennik, Elenia Beretta, Vassily Kandinsky, Tsuguharu Foujita, Béatrice Alemagna, Reza Dalvand, Henrietta MacPhee, Fra Angelico, Paqaru, Virginie Cognet, Beya Rebai, Agnes Hostache, Marc Martinillo, Léa Maupetit, Yamashita Kiyoshi, Matrakçı Nasuh, Moebius, Claire Nicolet, Harriet Lee-Merrion


Ses outils

L’aquarelle (objet de fascination étant petit lorsque son père architecte dessinait), la gouache, l’acrylique, le pastel, des pigments faits maison, un peu de post prod sur ordi, parfois photoshop. En projet : la peinture sur bois.


Où le retrouver ?

Son site | www.jeanmallard.com
Insta | @jean.mallard

Agathe Troussel

Agathe Troussel

Le plaisir des couleurs

| Réfugiée au calme d’une petite salle de l’atelier 101 Degrés à Lyon, Agathe a pris le temps de répondre à mes questions. C’est dans ce coworking autogéré de la Croix Rousse qu’elle travaille actuellement comme directrice artistique et illustratrice au côté d’autres freelances.  

On ne peut pas dire que l’illustration soit arrivée par hasard dans la vie d’Agathe. Fille de l’illustratrice jeunesse Pascale Wirth, elle est attirée dès son plus jeune âge par le dessin. « En regardant ma mère dessiner, je me disais que je n’avais pas envie de travailler, je voulais dessiner » confie-t-elle. Mère et fille dessinent côte à côte et l’enthousiasme de sa maman pour ses premiers dessins lui donne le goût de la création artistique. Pourtant quelques années plus tard, alors qu’Agathe commence ses études, sa mère confrontée à la difficulté de ce métier, la dissuade de s’engager dans cette voie. Elle s’oriente alors vers le graphisme et y prend goût à l’EPSAA, l’école de communication visuelle de la ville de Paris.  

« En regardant ma mère dessiner, je me disais que je n’avais pas envie de travailler, je voulais dessiner. »

Agathe Troussel – mai 2021

À Paris elle fait ses premières armes dans l’agence de design Brandimage. Elle y travaille l’identité de marque et l’identité visuelle pour de grandes entreprises. Au retour d’un voyage de deux ans, elle commence une carrière en tant que freelance. Mais c’est seulement en 2019 que l’illustration reprend une place dans sa vie. Un jour, sa voisine de coworking, Lena Piroux, lui prête son Ipad Pro. C’est le coup de cœur. Elle s’équipe à son tour et commence à dessiner ses premiers projets professionnels en tant qu’illustratrice.

Un style naif et pétillant

Son dessin très coloré est imprégné des illustrations des années 50-60 qu’elle apprécie particulièrement. Elle fait référence aux affichistes du siècle dernier, à Raymond Savignac et ses affiches de Trouville, à Sempé et ses personnages touchants. Ses inspirations vont de Christian Robinson, illustrateur américain contemporain à Matisse aux couleurs éclatantes en passant par les illustratrices françaises comme Eglantine Ceulemans, Emilie Ettori, Charlotte Molas. Si le dessin d’Agathe s’inscrit dans cet héritage, elle confesse ne pas rechercher absolument un style : « J’ai l’impression que je n’ai pas encore trouvé ce que j’ai envie de faire. Je ne me contrains pas à une technique particulière, au dessin filaire ou aux pastels par exemple. Tout reste ouvert. Au début j’étais obsédée à l’idée de trouver un style. Aujourd’hui, à chaque fois que je choisis un style, je me sens bridée dans ma liberté.»

En mars 2020, au cours du premier confinement, elle réalise sa « playlist dessinée », une petite série d’illustration qui reprend des tubes musicaux emblématiques. On y retrouve les magnifiques chanteurs maliens Amadou & Mariam, les Jackson five, Stromae, Sœur Sourire (Je confesse que cette collection est mon petit coup de cœur). Lorsqu’on lui demande quel est le travail dont elle est le plus fière, c’est vers ses premiers carnets de voyage qu’elle se tourne. « C’est ce qui est le plus naturel pour moi. Tu dessines directement sur un papier. Je n’ai jamais réussi à avoir autant de liberté qu’en faisant cela. D’habitude, je n’arrive pas à aimer mes dessins longtemps. Mais ces carnets je les aime bien depuis déjà dix ans.» me confie-t-elle.  

« Au début j’étais obsédée à l’idée de trouver un style. Aujourd’hui, à chaque fois que je choisis un style, je me sens bridée dans ma liberté. »

Agathe Troussel – mai 2021

Agathe travaille sur Ipad Pro avec le logiciel Procreate. Bien que la technique soit numérique, elle s’amuse à retrouver le rendu des techniques traditionnelles. « Je mets une réserve blanche et je décale un petit peu le calque comme si la couleur n’était pas tombée au bon endroit. Cela donne un effet sérigraphie. Chaque couleur est séparée par calque. Je travaille avec un dessin à la ligne au début. C’est ce qui prend le plus de temps. » Si sa technique se rapproche de la sérigraphie, elle reconnaît n’avoir encore jamais eu l’occasion de travailler avec ce procédé. C’est un des rêves qu’elle n’a pas encore réalisés.

« Ces patineurs sont parmi mes préférés. Je les ai dessinés la veille de mon accouchement. Je me suis dit, c’est mon dernier dessin et après j’arrête. J’ai terminé à 23h. Le lendemain, j’accouchais. »

Aujourd’hui, elle collabore en illustration pour la marque de produits de soins et d’hygiènes Respire et pour le journal Le Particulier. Elle est maintenant représentée par l’agence parisienne Monica Velours. On peut la retrouver sur son site web ou sur instagram.


Ses inspirations

Raymond Savignac, Jean-Jacques Sempé, Christian Robinson, Charlotte molas, Vriginie Morgan, Henri Matisse


Ses outils

Ipad Pro + Procreate


Où la retrouver ?

Son site | agathetroussqel.com
Insta | @agathetroussel

Pin It on Pinterest